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Aide-soignante libérale

Aide-soignante libérale

Nicolas Terraz
Publié le
17/6/2025
Cabinet
Article
5 minutes

L’aide-soignant joue un rôle clé dans le secteur paramédical en accompagnant les personnes dans leur quotidien. Bien qu’il ne puisse pas réaliser d’actes médicaux complexes, son intervention est essentielle pour préserver l’autonomie des patients. Traditionnellement exercé en milieu hospitalier ou en maison de retraite, ce métier s’ouvre de plus en plus à l’intervention à domicile. Mais comment un aide-soignant peut-il travailler à domicile ? Peut-il adopter un statut indépendant ? Cet article explore les possibilités et limites du métier d’aide-soignante libérale.

Qu’est-ce qu’un aide-soignant ?

L’aide-soignant est un professionnel paramédical qui soutient les patients dans les gestes de la vie quotidienne. Contrairement à l’infirmier, qui peut effectuer des soins médicaux, l’aide-soignant se concentre sur des tâches courantes comme aider à la toilette, à l’alimentation ou à la mobilité, toujours sous la supervision d’un infirmier. Son objectif principal est de favoriser l’autonomie et le bien-être des personnes qu’il accompagne.

Ce métier est particulièrement recherché en France, où le secteur des services à la personne connaît une forte croissance, notamment en raison du vieillissement démographique. Selon les projections, ce domaine offrira des opportunités majeures d’emploi d’ici 2030, avec des dizaines de milliers de postes à pourvoir. Cependant, l’accès à la profession reste encadré : il faut réussir un concours d’entrée pour intégrer une formation sanctionnée par le Diplôme d’État d’Aide-Soignant (DEAS).

Peut-on devenir aide-soignant libéral ?

Historiquement, les aide-soignantes diplômés s’orientent vers des emplois salariés dans des hôpitaux ou des établissements médico-sociaux. Cependant, l’attrait pour l’intervention à domicile, qui offre plus de flexibilité et un contact humain privilégié, gagne du terrain. Ce mode d’exercice, déjà courant chez les infirmiers ou les kinésithérapeutes, suscite l’intérêt des aide-soignants.

La possibilité d’un statut libéral pour les aide-soignantes a été évoquée dans plusieurs rapports, notamment celui d’El Khomri en 2019, qui proposait d’ouvrir ce statut pour dynamiser la profession. En 2021, le Haut Conseil des Professions Paramédicales a également soutenu cette idée. Théoriquement, il est donc envisageable d’exercer en libéral, mais des contraintes réglementaires freinent encore sa mise en œuvre.

Les freins à l’exercice libéral

Selon la réglementation actuelle, définie notamment par le décret du 23 juillet 2021, l’aide-soignant peut réaliser des actes simples (toilette, prise de tension, etc.) mais toujours sous la supervision d’un infirmier, qui reste responsable en cas de problème. Le Code de la santé publique précise que l’aide-soignant agit sous la responsabilité de l’infirmier, ce qui limite son autonomie.

Pour exercer, l’aide-soignant doit donc travailler :

  • Dans un établissement de santé ou médico-social,
  • Ou au sein d’un Service de Soins Infirmiers à Domicile (SSIAD).

En l’état, il est impossible pour un aide-soignant de s’installer seul en libéral sans collaborer avec un infirmier. Par ailleurs, l’ouverture d’un statut libéral soulève d’autres défis :

  • Une possible augmentation des salaires des aide-soignantes,
  • Une concurrence avec les infirmiers libéraux,
  • Des perturbations dans l’organisation des services de soins à domicile,
  • Une responsabilité accrue pour les aide-soignantes,
  • Une éventuelle refonte de la formation pour intégrer plus de compétences.

Les syndicats soulignent également que certains aide-soignantes réalisent, dans la pratique, des actes réservés aux infirmiers, souvent de manière non réglementée, ce qui complexifie le débat.

Comment intervenir à domicile en tant qu’aide-soignante ?

Travailler au sein d’un SSIAD

Pour exercer à domicile sans être salarié d’un hôpital, les aide-soignantes peuvent intégrer un SSIAD. Ces services mobilisent des équipes pluridisciplinaires, incluant médecins, infirmiers et aide-soignants, pour intervenir au domicile des patients. Dans ce cadre, l’aide-soignant travaille soit en équipe, sous la direction d’un infirmier, soit seul, mais toujours sous sa responsabilité indirecte.

Créer une entreprise de services à la personne

Une autre option est de devenir chef d’entreprise en créant une structure de services à la personne. Cette activité se limite à des tâches non médicales, comme l’aide à la toilette ou à l’alimentation. Le statut d’auto-entrepreneur est également accessible sous certaines conditions :

  • Être titulaire du DEAS,
  • Obtenir un agrément de qualité, valable cinq ans, pour intervenir auprès de personnes âgées, handicapées ou atteintes de maladies chroniques,
  • Se limiter aux services à la personne ou facturer ses prestations à des établissements de santé ou des SSIAD.

Pour cela, il faut s’immatriculer comme auto-entrepreneur et adresser une demande à la DIRECCTE.

Vers une évolution du métier ?

La formation des aide-soignantes a été réformée en 2021 : 44 semaines (22 en théorie, 22 en stages), avec des enseignements renforcés sur les gestes techniques réalisés de manière autonome.

Actualité 2024-2026 : une proposition de loi très controversée

Une proposition de loi (n° 2666) visant à créer un statut d’aide-soignant indépendant a été déposée à l’Assemblée nationale en mai 2024 par des députés Renaissance et MoDem. Ce texte a été débattu en séance plénière le 16 février 2026. Il prévoit de permettre aux aides-soignants d’exercer en autonomie pour les « soins courants de la vie quotidienne » et d’obtenir le transfert de certains actes infirmiers.

Cette proposition a suscité une forte opposition des syndicats infirmiers : le SNIIL la qualifie de « temporalité catastrophique », Convergence Infirmière dénonce un texte « insupportable et irresponsable ». Statut législatif à confirmer.

Pour que le statut libéral devienne une réalité, il faudrait redéfinir le rôle propre de l’aide-soignant dans la loi et transférer officiellement certains actes infirmiers, ce qui impliquerait une révision des missions de l’infirmier. Environ 27 actes pourraient être concernés, selon les discussions en cours.

Options d’exercice à domicile pour l’aide-soignant(e) en 2026

Voici les trois voies disponibles pour exercer comme aide-soignant(e) hors établissement hospitalier, avec leurs conditions, avantages et limites :

ModalitéStatut juridiqueConditions requisesRevenus estimésLimite principale
SSIAD (Service de Soins Infirmiers à Domicile)Salarié du SSIADDEAS obtenu, embauche par le SSIAD1 600 – 2 100 € nets/mois (grille FEHAP/FPH)Travail sous responsabilité infirmière obligatoire
Entreprise de services à la personne (SAP)Auto-entrepreneur ou SARLDEAS + agrément qualité DIRECCTE (valable 5 ans)1 800 – 2 800 € nets/mois (variable)Limité aux actes non médicaux (toilette, alimentation, mobilité)
Statut libéral (proposition de loi n° 2666)Libéral indépendant (projet)Loi non encore promulguée — débat à l’AN en fév. 2026N/A — pas encore applicableOpposition syndicats infirmiers ; statut législatif incertain

Questions fréquentes

Un aide-soignant peut-il exercer en libéral en France en 2026 ?

Non, pas encore. La proposition de loi n° 2666, débattue à l’Assemblée nationale en février 2026, viserait à créer un statut d’aide-soignant indépendant, mais elle n’est pas encore promulguée. En attendant, les aides-soignants peuvent travailler à domicile uniquement via un SSIAD (en tant que salarié) ou en créant une entreprise de services à la personne (SAP) sous agrément DIRECCTE, limité aux actes non médicaux.

Quelle est la différence entre un SSIAD et une SAP pour un aide-soignant ?

Le SSIAD (Service de Soins Infirmiers à Domicile) est un service médico-social agréé qui emploie des aides-soignants comme salariés pour réaliser des soins d’hygiène et de confort au domicile des patients. La SAP (Services à la Personne) est une entreprise créée par l’aide-soignant lui-même pour fournir des services d’aide à la vie quotidienne (toilette, repas, ménage) — sans actes médicaux. Le SSIAD est plus encadré et dispose d’un financement Assurance Maladie direct.

Comment obtenir l’agrément qualité DIRECCTE pour créer une SAP ?

L’agrément qualité est délivré par la DREETS (anciennement DIRECCTE) de votre département. Il faut déposer un dossier comprenant : le diplôme DEAS, un casier judiciaire vierge, un projet de service décrivant les prestations et le public visé, et justifier de moyens humains et matériels suffisants. L’agrément est valable 5 ans et renouvelable. Délai de traitement : 3 mois maximum. Il est obligatoire pour intervenir auprès de personnes âgées, handicapées ou dépendantes.

Combien gagne un aide-soignant à domicile en France ?

Un aide-soignant salarié en SSIAD perçoit entre 1 600 et 2 100 € nets par mois selon la grille FEHAP ou FPH, avec reprise d’ancienneté possible. Les revalorisations du Ségur de la Santé (183 € brut/mois) s’appliquent depuis 2021. Un aide-soignant en SAP peut théoriquement gagner davantage (1 800 – 2 800 €), mais les revenus restent variables selon le nombre de clients et la zone géographique.

Conclusion

Bien que le statut d’aide-soignant libéral ne soit pas encore pleinement établi, le débat s’est accéléré avec la proposition de loi n° 2666 débattue à l’Assemblée nationale en février 2026. En attendant une éventuelle réforme — dont l’issue reste incertaine face à l’opposition des syndicats infirmiers — les aide-soignantes peuvent intervenir à domicile via les SSIAD ou en créant une entreprise de services à la personne (sous agrément DIRECCTE). Pour embrasser cette carrière, la première étape reste l’obtention du DEAS. Avec une préparation adaptée, vous pouvez réussir le concours et rejoindre ce secteur en pleine expansion !

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